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Page 1 sur 2 HONORÉ D'URFÉ (1567 - 1625) ET L' ASTRÉE -
Biographie :
Né à Marseille lors d'un voyage d'affaires de sa mère, Renée de Savoie, Honoré est fils de Jacques et petit-fils de Claude d'Urfé, qui rénova le château de La Bastie. Elève chez les jésuites de Tournon, il se signale en composant à seize ans, en 1583, la Triomphante Entrée de très -illustre Dame Magdeleine de La Rochefoucaud .
A peine sorti du collège, on fait de lui un chevalier de Malte. Dès 1589, et jusqu'en 1601, c'est un Ligueur impénitent, qui combat avec fougue les troupes royales au nom d'un catholicisme sans concession. En 1594, son frère Antoine, abbé de la Chaise-Dieu et évêque de Saint-Flour, est tué sous les remparts de Villerest. Honoré d'Urfé exprimera plus tard sa douleur dans ses Epistres morales . Pris par les troupes royales à Feurs, il n'est libéré que grâce à Diane de Châteaumorand, sa belle-sour, épouse de son frère aîné Anne : Diane acquitte la rançon. Gouverneur du Forez, arrêté une seconde fois par les royalistes à Montbrison, libéré, Honoré d'Urfé quitte la France pour la Savoie et reprend le combat. En 1599, son frère et sa belle-sour obtiennent l'annulation de leur mariage, et lui-même prononce un mois plus tard celle des voux qui le liaient à l'ordre de Malte. En 1600, il épouse Diane, dont une tradition raconte qu'il était amoureux depuis le collège. Dans les années suivantes, la réconciliation de la Savoie et de la France fait de lui un bon sujet d'Henri IV, dont il pleure la mort dans des vers qui ne sont pas que de circonstance. Diane et lui se séparent à l'amiable en 1613, après quoi Honoré retourne en Savoie, recommence à guerroyer auprès de son Duc, trouve le temps de se réconcilier avec Diane, et meurt d'une pneumonie près de Gênes, où il commandait un régiment. Transporté en Forez, son corps est-il, selon son souhait, enterré sur les bords du Lignon ? Peut-être. Quant à Diane, elle ne lui survit que de quelques mois, et meurt en 1526.
Cette biographie n'a pour objet que de faire le portrait du poète en homme d'action, en aventurier qui consacre aux belles lettres les loisirs d'une vie par ailleurs bien remplie. C'est ce même homme, en effet, qui parvient, à temps perdu, à composer les cinq mille et quelques pages de l'Astrée . La publication de cet énorme roman se fait par vagues successives , et les contemporains, désireux de connaître le sort des héros, attendent avec impatience les nouvelles parutions : le roman-feuilleton du XIX° et les séries TV n'ont rien inventé de mieux pour tenir leur public en haleine.
L'Astrée :
Honoré d'Urfé reprend dans son roman la tradition italienne et espagnole de la pastorale : des bergers et des bergères s'entretiennent d'amour dans un cadre enchanteur. Ce genre conventionnel serait vite lassant si Honoré d'Urfé ne variait pas la psychologie de ses personnages, ce qui donne souvent lieu à de fines analyses : la pastorale est donc aussi un roman précieux. Ainsi voit-on évoluer autour d'Astrée et de Céladon, les amants fidèles, toute une galerie de personnages incarnant les comportements les plus divers, de Silvandre, qui fait de l'amour une religion, à Hylas, qui prône le changement et l'infidélité. Le Narrateur se fait d'ailleurs le porte-parole de ce dernier, en une sentence qui synthétise la conception du monde de l'âge baroque : « Rien n'est constant que l'inconstance ». D'autre part, les personnages ont souvent l'occasion d'exercer leur volonté pour juguler leurs passions, attitude qui préfigure celle des héros de Corneille. Ce dernier aurait aussi partagé l'idée selon laquelle l'amour se fonde sur le mérite de l'objet aimé, et aurait sans doute souscrit à cette formule : « Il est impossible d'aimer ce qu'on n'estime pas ».
Mais l'Astrée , c'est surtout un roman d'un romanesque ébouriffant. Il est bien entendu impossible de résumer les quelque quarante-cinq histoires qui entrecroisent les destins de plusieurs dizaines de personnages. Aussi nous contenterons-nous de suivre la principale trame narrative.
Le roman transporte son lecteur au V° siècle de notre ère, en Forez, sur les bords du Lignon. Dans ce cadre de fantaisie, qu'ornent et recréent à loisir l'imagination et la nostalgie de l'auteur, vit le berger Céladon, amoureux depuis trois ans de la bergère Astrée. Ils évoquent longuement leurs sentiments et leur bonheur futur. Mais leurs familles sont ennemies et, par prudence, Astrée demande à Céladon de donner le change aux médisants en feignant de courtiser Aminthe. On persuade Astrée que Céladon ne feint pas, mais est réellement épris d'Aminthe. Jalouse, la bergère bannit son amant qui, les bras croisés, se jette dans la rivière : désespoir d'Astrée !
Cependant, Céladon a survécu. Il est recueilli par trois nymphes, qui tombent toutes trois amoureuses du beau berger. L'une d'elles n'est autre que Galathée, la fille de la reine du Forez. Céladon, qui ne vit que de l'espoir de retrouver Astrée, parvient à fuir le château grâce à l'aide du druide Adamas, et se résout à vivre en sauvage dans la forêt, où il élève un temple à son amante. Adamas, touché de la sincérité du jeune homme, imagine de l'habiller en fille et de le faire passer pour sa propre fille, Alexis. Evidemment, Astrée conçoit une vive amitié pour cette nouvelle compagne, qui ressemble si fort à son amant. Ce dernier refuse pourtant de se faire reconnaître, tant qu'Astrée ne le rappellera pas formellement auprès d'elle.
Ici finit, inachevé à sa mort, le roman d'Honoré d'Urfé.
Son secrétaire, Bordo, peut-être d'après les indications de son maître, fait se retrouver les amants auprès de la « merveilleuse fontaine de la vérité d'Amour ». La présence d'Astrée et de Céladon fait fuir les monstres gardiens de la fontaine et dissipe ses enchantements. Tous deux convaincus désormais de leur amour et de leur inébranlable fidélité, les amants se marient. Hylas aurait-il eu tort ? L'amour échapperait-il à « l'inconstance » ?
La 1ère Partie de l'Astrée est publiée en 1607, la 2ème en 1610, la 3ème en 1619, et la 4ème en 1624.
Sources de cet article : XVII° Siècle , Lagarde et Michard, Bordas, p. 68 et suivantes.
L'Astrée, Honoré d'Urfé, morceaux choisis par Maxime Gaume , Le Hénaff, pages 5 à 9 de la « Chronologie »
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